Pappers et vie privée : comment supprimer vos données personnelles ?

5 min de lecture Par Olivier

La transparence de la vie économique est un principe fort du droit français. Pour faciliter les relations commerciales et sécuriser les transactions, les informations relatives aux sociétés (statuts, bilans financiers, identité des dirigeants) sont centralisées par les greffes des tribunaux de commerce. Ces dernières années, l’ouverture de ces données publiques (Open Data) a favorisé l’émergence d’agrégateurs privés d’informations légales, tels que Pappers. Ces plateformes gratuites et ergonomiques sont devenues des outils incontournables pour les professionnels. Cependant, cette numérisation massive heurte parfois de plein fouet le droit à la vie privée des chefs d’entreprise et des indépendants, qui voient leurs adresses personnelles et leurs dates de naissance exposées à la vue de tous. Face à cette situation, la volonté de supprimer ses données personnelles sur Pappers est une préoccupation légitime et croissante.

L’origine légale de la diffusion des données

Avant de s’attaquer à la plateforme Pappers, il est fondamental de comprendre le circuit de l’information. Pappers ne crée pas de données ; la plateforme se contente d’aspirer et de compiler les informations issues du Registre National des Entreprises (RNE) et de l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI). Ces bases de données sources ont l’obligation légale de publier les informations fournies par le dirigeant lors de la création ou de la modification de sa société. Ainsi, si le gérant d’une SARL a domicilié son entreprise à son adresse personnelle, ou s’il apparaît dans les statuts fondateurs (téléchargeables au format PDF sur le site), ces éléments deviennent mécaniquement publics. Cette obligation de transparence vise à prévenir les fraudes et permet à n’importe quel créancier, ou même à une institution comme l’URSSAF lors d’une procédure de recouvrement via un huissier, d’identifier clairement les responsables légaux d’une structure défaillante.

L’exercice du droit d’effacement (RGPD)

Malgré le caractère public des informations initiales, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) encadre la réutilisation de ces données par des acteurs privés. Les personnes physiques (dirigeants, associés, bénéficiaires effectifs) disposent d’un droit d’opposition et d’un droit à l’effacement, souvent appelé “droit à l’oubli”. Pour faire valoir ce droit auprès de Pappers, il faut adresser une demande motivée à leur délégué à la protection des données (DPO), généralement via une adresse e-mail dédiée (comme dpo@pappers.fr) ou un formulaire de contact spécifique sur leur site. La demande doit comporter un justificatif d’identité et expliquer précisément quelles informations doivent être masquées (adresse personnelle, numéro de téléphone privé, nom d’un associé mineur). Ce processus, qui demande une certaine rigueur formelle, illustre parfaitement les mécanismes de protection des citoyens tels qu’ils sont vulgarisés dans les guides expliquant le RGPD pour les nuls et les petites entreprises.

La nuance entre suppression et désindexation

Il est crucial de saisir la nuance entre ce qu’une plateforme comme Pappers peut faire et ce qu’elle ne peut pas faire. Accédant à une demande légitime, Pappers ne va généralement pas supprimer purement et simplement la fiche de l’entreprise (qui est une personne morale non couverte par le RGPD), mais va masquer ou anonymiser les données personnelles sensibles de la personne physique. De plus, la plateforme s’engage souvent à désindexer la fiche des moteurs de recherche (Google, Bing). Ainsi, en tapant le nom du dirigeant dans Google, le lien Pappers n’apparaîtra plus dans les premiers résultats. Cependant, tant que l’information n’est pas modifiée à la source (auprès de l’INPI ou du greffe), d’autres agrégateurs continueront à la diffuser. L’anonymisation sur un seul site ne constitue donc qu’un pansement temporaire si la structure globale des données n’est pas corrigée en amont.

La domiciliation commerciale : la solution préventive

La meilleure méthode pour protéger sa vie privée reste la prévention lors de la constitution de l’entreprise. Pour éviter que son adresse personnelle ne se retrouve exposée sur des centaines de sites, le créateur d’entreprise doit privilégier la domiciliation commerciale. Le recours à une société de domiciliation, à un centre d’affaires ou à une pépinière d’entreprises permet de bénéficier d’une adresse de siège social prestigieuse et distincte de son lieu d’habitation. Cette adresse professionnelle sera la seule à figurer sur les documents officiels et, par conséquent, sur les agrégateurs de données. Ce choix stratégique protège l’intimité du dirigeant et de sa famille contre les sollicitations commerciales abusives ou le harcèlement, et permet de séparer strictement la gestion des aléas d’un agent d’exploitation confronté aux urgences logistiques professionnelles des contraintes de la vie privée.

Le cas particulier des entrepreneurs individuels et micro-entrepreneurs

Le statut des entrepreneurs individuels (y compris les micro-entrepreneurs) présente une difficulté spécifique : le nom de l’entreprise correspond légalement au patronyme du créateur. Jusqu’à récemment, l’option de confidentialité n’existait pas pour eux. Heureusement, la réglementation a évolué. Lors de l’immatriculation ou de la déclaration d’activité, les entrepreneurs individuels peuvent désormais cocher une case demandant expressément à ce que leurs données personnelles (nom, adresse) ne soient pas rendues publiques sur le répertoire Sirene de l’Insee. Cette option bloque immédiatement le flux de données vers les agrégateurs privés comme Pappers. Si cette case n’a pas été cochée lors de la création, il est toujours possible de se rendre sur le site de l’Insee pour exercer ce droit d’opposition a posteriori, tarissant ainsi la source d’information à l’origine du problème.

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